Ecarté du groupe par le président de Narbonne, Christian Labit s'estime trahi par le club de son c½ur. Loin de se résigner, le troisième ligne souhaite maintenant rebondir et s'offrir un nouveau challenge.
Christian Labit, dans quel état d'esprit êtes vous après l'annonce de votre mise à l'écart ?
Dans l'état d'esprit d'un compétiteur que l'on prive de compétition. Le rugby, c'est ma vie. Mon but est d'être sur le terrain et me retrouver chez moi un lundi, alors que je devais aller à l'entraînement, c'est difficile à vivre. Mais je suis un professionnel et je fais avec.
Comment vous a-t-on annoncé la nouvelle ?
Le président m'a simplement convoqué à mon retour de vacances, dimanche. Il m'a appris que le dialogue des entraîneurs et le mien ne correspondaient pas dans le sens où j'étais un peu à l'encontre de leur pensée. Je paie les pots cassés et apparemment je suis le responsable du désarroi de cette équipe. Je porte le chapeau et je suis le bouc émissaire.
Vous avez dû ressentir un sacré coup de bambou...
C'est un coup de poignard. Le président n'est pas le seul à avoir fait ce choix. Le comité directeur a également tranché. C'est un coup de poignard dans le dos et dans le c½ur. J'aime ce club dans lequel j'ai passé douze ans. Et douze ans dans un club ce n'est pas rien. En plus, alors qu'il me restait un an de contrat et que je vivais dans un certain confort, j'ai tout quitté pour revenir. J'avais envie d'y finir ma carrière et d'apporter mon expérience. En retour, je suis à la rue sportivement. Je n'aime pas perdre et là c'est une défaite. C'est un coup de poignard dans le dos parce que cela s'est rarement fait. Egalement dans le c½ur parce que c'était le club que j'aimais et avec qui je voulais me maintenir. Quoi qu'on en dise, mon objectif a toujours été d'aider ce club.
« Les caractériels font avancer les choses »
Lors de la conférence de presse annonçant votre mise à l'écart, le président, Gilbert Ysern, a annoncé vouloir écarter les tempéraments forts. Pensez vous que cela soit la bonne solution ?
Ça ne me regarde plus. Je ne veux plus en entendre parler et je ne veux pas le savoir. Je ne suis pas persuadé que cela soit la bonne solution. C'est personnel mais je pense que les caractériels font avancer les choses. Surtout quand cela ne va pas bien. Il ne faut pas tout confondre. Je suis quelqu'un de caractère mais qui aime gagner. Je ne suis pas quelqu'un de difficile à vivre ou de dangereux. Je n'ai aucun vice mais je dis ce que je pense. On sait à quoi s'en tenir, même si apparemment ce n'est pas le cas de tout le monde dans ce club.
Pensez-vous qu'on vous fasse payer votre coup de gueule du mois de décembre dernier ?
Je paie un peu ce qu'il s'est passé il y a deux mois alors que j'avais une première fois tiré la sonnette d'alarme en disant : « attention on n'est pas sur la bonne route et nous sommes en danger si nous continuons sur ce chemin ». J'estimais que les entraîneurs (NDRL : Pierre Chadebech et Richard Sonnes) ne faisaient pas les choses qu'il fallait. C'était mon avis et je le faisais simplement savoir. Dans ce club, on est esseulé et il faut faire savoir les choses d'une manière ou d'une autre. Mais je n'ai jamais dit qu'il fallait virer l'entraîneur. J'ai juste évoqué un changement d'orientation et un peu plus de communication.
C'est-à-dire ?
Deux entraîneurs qui ont une optique et un choix ne nous dirigeront peut-être pas dans la bonne route et on se plantera peut-être tous ensemble. Un club ne doit pas être dirigé par deux personnes. C'est incomparable mais j'ai joué dans le plus grand club avec Guy Novès qui est un des meilleurs entraîneurs de France ou encore avec Bernard Laporte qui m'a encore demandé des conseils. Ça arrive souvent que les entraîneurs me posent des questions. Ça se faisait naturellement et pas qu'avec moi. Ce n'est pas ce que je demande. Mais c'est ça la vie d'un groupe. Mais ça ne s'est jamais passé comme cela. Peut-être ont-ils pensé que je voulais leur prendre la place. Ça n'a jamais été le cas.
« Finir la saison en beauté »
En voulez-vous à vos entraîneurs ?
Je ne veux pas cracher dans la soupe parce que je ne suis plus là. Je ne veux pas les abaisser. C'est normal qu'ils n'aient pas envie de moi puisqu'ils pensent que je peux les mettre en danger. Je peux les comprendre même si je n'ai jamais eu d'affinités. Mais le président, l'encadrement, le comité directeur... Faire ça en pleine saison avec quelqu'un qui a tout quitté pour ce club... (Dubitatif) C'est très moyen et très petit...
Etes-vous triste ?
Un peu mais surtout, je suis remué. Je me suis préparé cette semaine en me disant que je devais remettre le paquet dès lundi. Et pourtant, lundi je suis resté à la maison et dans la voiture. C'est particulier et pas agréable. Je suis triste parce que c'est un club que j'aimais. Je l'aime encore mais je ne l'aimerai plus de la même manière. Je n'ai jamais eu de problèmes dans les clubs où je suis passé, je ne vois pas pourquoi je commencerai. En plus, je faisais passer des messages avec les autres joueurs. Ça m'a été reproché et aujourd'hui j'en pâtis.
Quelle suite allez-vous donner à votre carrière ?
C'est trop tôt pour le dire. Ça ne date que de lundi. Mais je veux rebondir. Je suis un gagnant et tant que je pourrai me donner sur un terrain, je le ferrai à 150% et encore plus maintenant parce que j'ai encore plus d'envie. Je ne sais pas pourquoi (rires). J'ai envi de donner parce qu'il s'agit peut-être de ma fin de carrière. Finir comme cela c'est triste. Mais ma fin de carrière, je l'ai faite il y a deux ans lors de mon dernier match avec le Stade Toulousain. C'était mon vrai départ. Mais sans aucune prétention, j'ai prouvé que je pouvais encore faire de bons matchs et que j'avais l'envie de jouer. Je suis ouvert à des challenges. J'ai autour de moi des gens qui s'occupent de cela car je ne veux pas perdre de temps. On va d'abord tout régler au niveau administratif avec Narbonne, je récupérerai alors ma licence et je tâcherai de finir la saison en beauté.
- Pierrick TAISNE
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UN VRAI COUP DE POIGNARD ET PAS QUE POUR LUI !!!